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Avis de Mistral - Bienvenue chez les stéréotypes

Vendredi, 11 Avril, 2014 - 14:02
Avis de Mistral - Bienvenue chez les stéréotypes
Les rivalités entre Parisiens et Provinciaux analysées par l'association PCF, les Philosophes des Comptoirs de France.

C’est bien les rivalités, ça permet de voir le monde de façon binaire, de ne pas trop réfléchir, c'est simple et facile quoi. Il y a les gentils contre les méchants, les blondes et les brunes, les minces et les gros, les cons et les intelligents, la gauche et la droite.  Mais ils sont où les minces cons, les gros intelligents, les rousses gentilles, et José Bové ? Pour la réalisatrice Rose Bosch, née à Avignon, la France est également divisée en deux : le méchant Paris et la gentille province.

Adrien (Hugo Dessioux, aka Hugo tout seul sur YouTube), Léa (Chloé Jouannet) et un gamin sourd et muet partent en vacances pour la première fois chez leurs grands-parents. Leur mère a besoin de temps pour réfléchir au sens de la vie suite à sa demande de divorce. C’est forcément l’horreur pour les trois enfants de quitter Paris et sa pollution, d’autant plus que leur papy est Jean Reno. Et il n’aime pas qu’on l’emmerde avec des histoires d’Internet, réseau 3G ou plan cul via Tinder. Une guerre de tranchées se déclare dès les retrouvailles.

"Tiens, tu vois le scénariste là ? Bute-le."

Avis de mistral sent bon le produit du terroir. Lourd, gavé de ciboulette et qui se répète un peu à force d'abuser du Pastis. Comme votre pote qui aime bien vous faire remarquer un petit bouton ou votre nez un peu tordu. Ça vous fait rire les premières fois, puis vous lui faites vite comprendre qu'il a deux choix : soit il arrête et vous promettez de rester de bons amis en lui tapotant gentiment le dos, soit vous sortez le canon scié et vous lui explosez le crâne. Dans notre cas, la réalisatrice a fait le deuxième choix, tout en sachant pertinemment que personne n'emporterait un fusil au cinéma pour faire arrêter la projection.

S'enchaînent alors les blagues régionalistes éculées, dopées aux stéréotypes de bas-étage :  les Parisiens technophiles, addicts a leur smartphone, en recherche permanente de la moindre barre de réseau, scotchés devant l'écran de leur PeSePe (Mer il et fou), aveugles face à une nature si riche et si belle ; les provinciaux, sympathiques, simples, toujours une bouteille à la main, dont leur beaufitude n'a d'égale que leur gentillesse. Entre caricature et reflets simplistes de la réalité, on se surprend tout de même à rire à plusieurs plaisanteries de derrière les fagots.

Théo, Irène, Léa, Adrien et leur pote Nike. Notez également le t-shirt "No sport", contradictoire mon enfant tu es.

Les personnages, sûrement écrits suite à un déplorable micro-trottoir, tombent également vite dans la parodie. J’en veux pour preuve cette scène ridicule où Adrien demande à sa soeur si elle aura assez de bits pour faire son tchat sur Badoo. Traduction : “as-tu assez de réseau pour tchater tranquille”. Vous avez déjà entendu ça ? Non, personne, jamais. Rose Bosch a très certainement voulu mettre en scène un quiproquo (hilarant) entre le mot bits et bites puisque Jean Reno rétorque à sa femme “mais tu as vu comment ils parlent ?!”. Incompréhension totale dans la salle, grosse gêne pour ma part.
Seuls les deux grands-parents bénéficient d’une relative profondeur grâce à quelques touchantes scènes sur leur passé de globe-trotter.
Quant au petit Théo sourd et muet, il n’est là que pour manipuler le coeur et l’avis des spectatrices car absent de chacune des intrigues développées dans le film… C’est mal de se servir d’un handicapé.

Heureusement, il y a Jean Reno. Il est cool Jean Reno.

Jamais vraiment méchant, parfois drôle, voire même touchant, Avis de mistral est plombé par un manque flagrant de finesse d'un niveau supérieur à 9000. A moins que ce ne soit de nouveau l’expression de la naïveté de Rose Bosch, déjà présente dans La Rafle ? A confirmer à la sortie de son prochain film.

PS : Aucune critique parue pour la première semaine de sa sortie en salles, ni dans les journaux nationaux ni dans les magazines cinéma. On aurait eu peur du bashage des critiques parisiennes ?

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