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Audioscopie: Phantogram - Voices

Mercredi, 7 Mai, 2014 - 10:58 (Dernière maj : mer, 07/05/2014 - 12:18)
Audioscopie: Phantogram - Voices
Crédits image : vk
MILFage musical : Audiophoniquement plaisant mais superflu, visuellement jouissif et indispensable.

Label: Republic
Date de sortie: Fevrier 2014
Rayon: Pop-Rock  -  
R'n'B - Electro

Phantograme: 10-15gramme de crédibilité musicale

Pour ceux qui se demanderaient quel type de personne je pourrais être, je me présenterais comme quelqu'un de pas rancunier pour deux sous. Le cours d’un sou pouvant atteindre les 135€, je dois confesser que, la marge aidant, je me penche rarement sur le deuxième album d’un groupe dont le premier essai m’a déçu ou tout au moins laissé indifférent. .

Eyelid Movies, premier album de Phantogram était simplement chiant, se résumant à quelques bonnes pistes au sein d’un océan de morceaux pas bandants. Bref, ça ne cassait même pas deux pattes à un canard. Il y avait pourtant ce petit quelque chose d’unique : « When I’m small », pépite pop structurée à la Black Keys (l’ancien, celui avec son côté cradingue tellement jouissif), la sensualité en plus. Comment résister à ces petits feulements lâchés sur une guitare dédaigneuse avec sa partition monocorde ? Pas besoin de réponse, la question était purement rhétorique, la vérité est que personne ne peut (excepté peut-être le fils de Shao Khan et de Shredder qu’on a pu voir récemment dans 47 ronin (n’allez pas voir ce film)). Phantogram, ça vient te prendre directement ton petit cœur en guimauve situé à l’entrejambe et ça te le rôtit sur les braises d’un feu de camp scout, bref, l’Histoire de la vie (le cycle éternel toussa…).

En février 2013 parait un nouveau single annonciateur d’un album à venir. Après avoir longuement fait la fine bouche, on se reprend, on arrête de faire sa pimbêche éconduite et on clique.

On y découvre « Fall In Love », un single un brin putassier où notre bonne Sarah Barthel, chanteuse du groupe, pas bagel begueule pour un rond (le cours du rond est bien moindre que le sou), allume tout ce qui lui passe sous la mèche. Ça marche, ça donne envie d’en entendre plus.

La crainte persistante, c’est que les duos mixtes au rayon pop/rock/ajoute ce que tu veux, ça reste un exercice casse gueule : The Tings Tings, Sleigh Bells, MGMT, autant de groupe qui semblent avoir emprunté un chemin musicalement critiquable mais commercialement prospère suite à leur première galette. Tous les journalistes musicaux respectables l'affirment, l’exercice du deuxième album est périlleux, tout autant que le troisième, celui de la soi-disant « maturité » (sous-entendu après tout est permis, c’est open-bar). Mais bon, le baissage de fût n’a jamais choqué personne dans la pop.

Musicalement parlant

Rentrons dans le vif du sujet, histoire de voir ce que cet album a dans le ventre.

Voices s’ouvre sur deux belles pistes : Black Out Days et  Fall in Love, deux titres qui balaient les craintes d'une putinisation musicale et suffisamment bons pour qu'ils  nous gratifient d’un clip. Comme chez Crushover on n’est pas ingrat, je partage le plaisir.

Mention spéciale pour cette mèche ventilée qui, bien qu’elle n’avait étrangement pas su convaincre par son approche carnivore dans When I’m Small, devrait cette fois valoir à Sarah Barthel un draft au premier tour dans l'effectif de la prochaine campagne publicitaire L’Oréal.

L'album repart sur un un Never Going Home plutôt accessoire qui vient casser une dynamique pas mal festive jusque-là. Puis attaque un bon That Day You Dial, rampe de lancement pour l'un des titres phare de l'album, l'excellemment efficace Howling at the Moon. S’enchaine un correct Bad Dreams avec son intro à la Egadz, qui s'il n'est pas folichon reste bien sympa et présente un bel équilibre entre pop-rock et électro.

C’est le cosy Bill Murray  (pas l'acteur hein) qui prend le relais. Un titre propre qui tient bien le pavé et fait office de trou normand dans cette débauche d'envolées énergétiques. Forcément, si l'on avait voulu de la dream-pop on aurait plutôt été s’approvisionner chez Mercury Rev ,mais l'effort reste appréciable.

I Don't Blame You reprend de plus bel, et là, plus moyen de se le cacher, ce Josh Carter a bien un flow de grenouille avariée (même Son Lux fait mieux). Les parties chantées sur les refrains sauvent,fort heureusement, les meubles de belle manière.

Dernière ligne droite avec un Celebrating Nothing un peu poussif, tenu à bras le corps par notre brave Sarah Barthel.

My only Friend, point final de l’album, sonne comme un Muse periode The 2nd law se faisant polir le chinois par un Dream Koala dans une artère du boulevard Suchet un soir de pleine lune : c'est pas forcement beau à voir, on aurait pu s'en passer.

L’heure du bilan :

Phantogram c’est dans un registre qui n'a rien à voir du Ryan Hemsworth, un son capable de filer un syndrome prémenstruel au plus gros b-boy du tiéquar. Une musique bâtarde s’affranchissant des frontières pour s’offrir de la manière la plus accessible, la plus immédiate, une Zahia musicale en somme.

Sans progression ou de réelle cohérence, Voices est une compilation de singles. Si ça colle bien à l’idée d’immédiateté, celle d’un album réussi prend du plomb dans l’aile. Étrangement la sauce prend tout de même. Si on considère un chef-d'œuvre comme une œuvre pour laquelle on a l’assurance de pouvoir ré-écouter 50 ans après les premières écoutes avec une émotion intacte (en se souvenant de ce monde où l’on pouvait se moquer sans vergogne des Chinois), on est effectivement loin du compte avec ce Voices. Ramené en 2014, au rayon pop-rock/electro/r’n’b, l'album fait le taff. Catchy sans être (trop) putassier, sensuel sans être vulgaire, produit à la serpe par un bourrin aveugle, mais efficace, Voices est une valeur sûre de ce premier semestre.  De toute façon et en définitive, Sarah Barthel a une sensualité bien trop exacerbée pour que je puisse rester objectif.

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